Challenge Boris Vian

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À l’occasion de la sortie de l’adaptation de « L’écume des jours » au cinéma, je vous propose un challenge autour de l’œuvre de Boris Vian.
Au choix, et selon vos envies, plusieurs catégories vous sont proposées.
Lirez-vous un livre, deux, dix ?
Je vous attends nombreux pour mon premier challenge !
Il se termine le 1er avril 2014 😉

Catégories :

Les intitulés de ces catégories sont des titres de chansons de Vian, un petit clic pour avoir la version audio !

On n’est pas là pour se faire engueuler (1 ou 2 livres)

Fais-moi mal Johnny (de 2 à 5 livres)

J’suis snob (de 5 à 10 livres)

Comment ça marche ? Inscrivez- vous en commentaire en précisant votre catégorie. Faites un billet sur votre blog après votre lecture, avec le logo du challenge et envoyez-moi votre lien !

Je n’ai pas vu de challenge Boris Vian déjà réalisé, dans le cas contraire merci de me le signaler.

Liste des livres de Boris Vian :

Romans :

Conte de fées à l’usage des moyennes personnes
Vercoquin et le Plancton
L’Écume des jours
L’Automne à Pékin
L’Herbe rouge
L’Arrache-cœur
Trouble dans les Andains
J’irai cracher sur vos tombes
Les morts ont tous la même peau
Et on tuera tous les affreux
Elles se rendent pas compte

Nouvelles :

Les Fourmis
Les Lurettes fourrées
Le Loup-garou
Le Ratichon baigneur
Les Fourmis, le Loup-garou et autres nouvelles

Poésie :

Cantilènes en gelée
Cent sonnets

Chroniques, recueil d’articles :

En avant la zizique
Manuel de Saint-Germain-des-Prés
Chroniques du menteur
Ecrits sur le Jazz

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Chez les Weil. Sylvie Weil

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L’hérédité, quand on s’appelle Sylvie Weil, est doublement chargée.
Être la fille d’André le grand mathématicien et la nièce de Simone la grande philosophe, est loin d’être évident.
Sylvie Weil est « juste » professeur de littérature dans de grandes universités américaines, elle est écrivain et un peu perdue dans les mythes de sa généalogie.
Chez les Weil est un mélange de souvenirs d’enfance, d’enquête familiale et de réflexions.
Qu’est-ce qui fait le génie ? Comment se fait-il que dans cette fratrie de deux enfants, il y eut deux cerveaux qui ont marqué le XXème siècle ? Comment vivre en étant soi ?
Elle se penche d’abord sur ses grands-parents qui étaient de ces êtres qui adulaient leurs enfants. Il y a une scène très touchante dans ce livre où l’on voit les parents de Simone Weil recopier inlassablement les écrits de leur fille, morte à 34 ans, pour que vivent sa mémoire et ses écrits mais aussi et surtout, pour être encore un peu avec elle.
On repense alors à l’amour fou que portait Anne-Marie Schweitzer pour son petit Poulou, que racontait  Jean-Paul Sartre dans Les mots.
Le père, André Weil, adulé lui aussi, avait, contrairement à sa sœur, le génie serein mais perdu dans le monde merveilleux des mathématiques, n’était pas vraiment présent pour sa fille.
Ce livre est à la fois très intime et très réfléchi. On sent parfois sous l’universitaire, la petite fille frustrée de ne pas avoir pu plonger dans le monde étrange et fascinant de son père et de sa tante, de finalement n’avoir pu que côtoyer les personnes qu’elle aimait.

Editeur : Phébus (éditions)
Collection : Libretto
EAN : 9782752908728

Citations :

  • (Sur André Weil) Son « tu veux venir avec moi ? » résonne encore à mes oreilles et me remplit de nostalgie, à présent que je ne suis plus la gamine de quatorze ou quinze ans qui, au moment où elle va se précipiter en criant « oui, j’arrive, attends-moi ! » est soudain saisie d’angoisse : de quoi vais-je bien pouvoir lui parler ? Pas question de parler de moi, je ne suis pas un sujet de conversation, pas question de lui parler de mes copines de classe, ni des jeux avec mes cousins dans les bois de Châteney-Malabry. Il faut que je trouve quelque chose de rare, d’exceptionnel à lui raconter, il faut que je lui prouve mon intelligence. S’il allait s’ennuyer avec moi ?
  • Le vrai projet de Simone, c’est d’éprouver la peine des pauvres, non de leur fournir du pain ou des vêtements. Sa forme de charité, à elle, c’est de devenir le mendiant et de refuser qu’on la soulage. Elle l’a dit, elle commet le pêché d’envie quand elle pense au Christ sur la croix.
  • La vraie relique est une présence, tandis que moi, du point de vue des fidèles (et parfois même d’indifférents, car il y a une espèce de contagion), je suis une absence. Mon propre est de ne pas être. De ne pas être Simone.

Chronique d’hiver. Paul Auster

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« When i’m 64 » chantait un autre Paul quand il en avait quarante de moins. Soixante-quatre ans c’est aussi l’âge de Paul Auster. Dandy de Brooklyn, monstre de la littérature américaine, il prend le temps du recul et revient sur sa vie.
Des souvenirs donc mais sous forme d’auto-dialogue ; il se tutoie. S’adresser à soi en se disant « tu » c’est permettre au jugement d’éviter toute complaisance et bien que ce tutoiement soit aussi utilisé pour les injonctions, le regard est bienveillant.
Ce sont des souvenirs d’homme, des souvenirs incarnés, cela m’a fait penser au livre de Daniel Pennac Journal d’un corps dans lequel le narrateur racontait sa vie mais uniquement sous le prisme de l’évolution puis de la déchéance de son corps.  Le regard ici balaie l’organisme, la chair et l’âme.
On se promène avec Paul Auster à New-York et dans les ruelles de Paris, on suit ses premiers émois, l’amour fou qu’il a pour sa femme (Siri Hustvedt, et si ce n’est déjà fait, lisez les livres de cette dernière !) la naissance de la vocation et son quotidien d’écrivain.
Chronique d’hiver  est un « je me souviens » de Perec, un inventaire à la Prévert, un monologue à ciel ouvert.

Editeur : Lémeac/Actes Sud
EAN : 9782330016326

Citations :

  • Il ne fait aucun doute que tu es un individu imparfait et blessé, un homme qui porte en lui une blessure depuis le tout début (pourquoi, sinon, aurais-tu passé toute ta vie d’adulte à verser ce sang de mots sur une page ?), et les avantages que tu retires de l’alcool et du tabac te servent de béquilles pour que ton moi puisse tenir debout et se déplacer dans le monde.
  • À ton grand soulagement, vos personnalités ne se ressemblaient pas du tout. Elle riait plus que toi, elle était plus chaleureuse, et pourtant, tout au fond, au point le plus profond, vous vous rejoigniez, tu avais l’impression d’avoir rencontré une autre version de toi-même – mais une version dont l’évolution avait été poussée plus loin que chez toi et qui se trouvait mieux à même d’exprimer ce que tu gardais refoulé en toi, un être plus sain d’esprit.
  • Tu es retourné dans ta chambre, à la solitude de ta chambre, la plus exigüe des petites chambres qui parfois t’obligeait à sortir en quête de prostituées, mais tu aurais tort de dire que tu as été malheureux, car tu n’avais aucun mal à t’adapter à la pauvreté de ta situation, et tu as même trouvé stimulant de découvrir que tu étais capable de subsister avec presque rien et que, du moment que tu pouvais écrire, ta façon de vivre ou ton lieu de vie n’avaient pas d’importance.

La vie et les agissements d’Ilie Cazane. Razvan Radulescu

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Le salon du livre de Paris vient tout juste de fermer ses portes et cette année la littérature roumaine était à l’honneur. Une littérature méconnue qui, 24 ans après la mort de Ceaucescu, n’en a pas fini avec son passé. Il y a eu beaucoup de romans traitant des heures sombres de l’Europe centrale, ceux notamment de Herta Müller, roumaine naturalisée allemande, et qui a reçu le prix Nobel de Littérature en 2009.  Récits glaçants d’une période qui ne l’était pas moins.

Răzvan Rădulescu publie chez Zulma un roman où la mémoire est tout aussi vive mais la forme est pour le moins originale. Woody Allen a dit un jour que l’humour c’est le tragique plus le temps, et « La vie et les agissements d’Ilie Cazane » est une belle illustration de cette boutade. C’est un roman tragi-comique qui dépeint un régime absurde en sortant des sentiers battus du récit. Plus qu’un roman, c’est une fable.
Ilie Cazane est un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire, si ce n’est qu’il fait pousser des tomates géantes dans son jardin. Sans artifices, sans magie, sans malveillance, non, ses tomates sont géantes, c’est tout. Ça pourrait être anecdotique si nous n’étions pas en Roumanie dans les années quatre-vingt. Avoir des tomates hors-normes dans son potager est un motif suffisant aux yeux du colonel Chiriţă pour embarquer notre pauvre Ilie et tenter de percer les secrets de ses talents agricoles, qui cachent certainement un activisme dangereux.
Rajoutez à cela un enfant qui a une tête en forme de courge et un bureaucrate qui a des problèmes métaphysiques, saupoudrez d’une scène d’interrogatoire digne d’une pièce de Ionesco et vous obtenez une pépite.
Succombez vite au pouvoir des tomates roumaines !

Editeur : Zulma
EAN : 9782843046070

Citations :

Ilie Cazane père avait été arrêté par deux hommes en manteau de cuir, à quatre heures et demie du matin, à l’aube, pour un motif peu habituel. Quelqu’un du village avait raconté au Siège (difficile de dire, au cours d’une enquête, si c’est bénévolement ou par hasard) les fabuleuses capacités de Cazane à obtenir des tomates grosses comme des courges. Ils avaient longuement pesé le pour et le contre, avant de conclure  qu’au fond un tel individu ne perdait rien à être soumis de plus près à enquête.

Donc, le colonel Chiriţă  n’avait jamais lu un roman de sa vie, ni une biographie romancée, ni un traité de tactique et de stratégie militaire, ni une plaquette de poésie, ni un volume de critique littéraire, ni un écrit philosophique, ni aucune anthologie d’essais chinois, ni un roman policier, ni un livre de cuisine, ni une encyclopédie, ni un lexique, ni un manuel, ni un mode d’emploi d’aspirateur ; pour tout ce qui se présentait devant ses yeux, sous la forme de pages reliées entre deux couvertures, il n’avait qu’une méthode : il lisait la préface. Et s’il n’y avait pas de préface, il lisait les premières lignes de la première page, ouvrait le livre au hasard vers le milieu, lisait encore quelques lignes, le refermait satisfait et disait d’une voix forte : Mmoui, je vois.

Plus l’enquête se prolongeait, plus il devenait nécessaire qu’elle aboutît à un procès et à quelques années de détention pour Ilie Cazane, non par scrupules qu’auraient eus les organes de la Sécurité, en terme d’image, mais pour justifier le temps perdu par ses agents

Profanes. Jeanne Benameur

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Prix RTL/LIRE 2013 !

Profanes est un roman en forme d’ode à la vie.
Profanes ou l’histoire d’Octave Lassalle, ancien chirurgien cardiaque, qui a 90 ans et qui vit seul dans une grande maison avec une dame de compagnie. Il va décider, bien qu’étant encore autonome, de s’entourer de quatre personnes pour l’accompagner dans son quotidien.
Ces quatre personnes, il va les choisir avec grand soin. Ce n’est pas un recrutement classique, basé sur des compétences. La sélection, pour le retraité, se fera sur des critères d’affinités.
Trois femmes et un homme vont donc entrer dans sa vie et sa maison.
L’alchimie qui va se produire dans ce groupe va faire naitre chez chacun des personnages la volonté d’avancer ; de ne plus rester bloqué sur la faille qu’ils ont tous connu dans leurs vies ;  Ces fêlures qui ralentissent ou cristallisent brutalement l’existence. Ils n’y seraient peut-être pas arrivés seuls. Il faudra cette vie commune, créée de toutes pièces par Octave, pour que l’élan de vie renaisse chez Marc, Hélène, Yolande, Béatrice et Octave qui ont pourtant des âges et des vies radicalement différents.

Jeanne Benameur fait entrer le lecteur dans cette maison. C’est un roman ouvert, fait d’instantanés de vies, présents ou passés. Il faudra à la fin du livre sortir, les laisser continuer leurs chemins.
Voilà, c’est le destin de cet homme qui ne lâche rien sur le temps qu’il lui reste à vivre car il n’y a pas d’âge pour décider d’être heureux.

Editeur : Actes Sud
EAN : 9782330014285

Citations :

Je suis le maître de la maison et j’entends le rester. Je compte aussi sur elle, la maison, pour m’aider à les réunir. Il y a encore un peu de l’esprit de Claire dans ces murs. C’est bien.
Et s’il y a un loup dans cette bergerie, depuis longtemps, c’est moi.

On peut laisser les années s’accumuler comme le sable sur une route de bord de mer.
Il suffit d’une marée plus forte d’un vent plus fort et le sable s’envole.
En tourbillons.
Par plaques.
La route réapparaît. Juste par endroits. Et on sait qu’on n’a jamais cessé d’y être, sur cette route là. Même si on sentait le sable sous nos pieds et qu’on croyait à une plage ou au désert.

Si je veux la vivre sans les autres, mon histoire, je vais me défaire. Une petite perle de verre  toute seule. Sans le collier, une petite perle en verre, ce n’est plus rien. Rien du tout.

Barbe bleue. Amélie Nothomb

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Amélie Nothomb écrit des livres comme j’arrête de fumer : tous les ans. Comme mon sevrage, je commence ses nouveaux romans avec plein d’espoir, et, comme mon sevrage, je craque assez rapidement.

Pour avoir rencontré l’animal, je dois admettre que cette femme est stupéfiante. Pas seulement pour sa résistance au Champagne, mais aussi pour sa finesse, sa culture et sa mémoire phénoménale (non, ce n’est pas un mythe). C’en est d’autant plus rageant. Les idées de ses romans – ici, elle revisite le conte de Perrault – sont originales mais tout s’effondre assez vite. C’est plaisant c’est certain, ça sort au moment des derniers verres de rosé aux terrasses ; ce qui accompagne royalement la lecture du dernier opus de notre Belge quasi-nationale, mais ça s’oublie aussi vite que c’est lu.

L’œil qui fume pratique le snobisme intellectuel ? Peut-être. Les adorateurs de la graphomane à chapeau peuvent se dire qu’après tout, il fume encore…

Editeur : Albin Michel
EAN : 9782226242969

Citations :

A quoi bon être riche si ce n’est pour boire d’excellents champagnes ?
Vous qui êtes obsédé par l’or, ne savez-vous pas que le champagne en est la version fluide ?

A celui qui veut écrire, offrez peu de papier. Au cuisinier en herbe, proposez trois ingrédients. Aujourd’hui les débutants de tout poil reçoivent une débauche de moyens. Cela ne leur rend pas service.

Tomber amoureux est le phénomène le plus mystérieux de l’univers. Ceux qui aiment au premier regard vivent la version la moins inexplicable du miracle : s’ils n’aimaient pas auparavant, c’était parce qu’ils ignoraient l’existence de l’autre