Chronique d’hiver. Paul Auster

Paul Auster couv

« When i’m 64 » chantait un autre Paul quand il en avait quarante de moins. Soixante-quatre ans c’est aussi l’âge de Paul Auster. Dandy de Brooklyn, monstre de la littérature américaine, il prend le temps du recul et revient sur sa vie.
Des souvenirs donc mais sous forme d’auto-dialogue ; il se tutoie. S’adresser à soi en se disant « tu » c’est permettre au jugement d’éviter toute complaisance et bien que ce tutoiement soit aussi utilisé pour les injonctions, le regard est bienveillant.
Ce sont des souvenirs d’homme, des souvenirs incarnés, cela m’a fait penser au livre de Daniel Pennac Journal d’un corps dans lequel le narrateur racontait sa vie mais uniquement sous le prisme de l’évolution puis de la déchéance de son corps.  Le regard ici balaie l’organisme, la chair et l’âme.
On se promène avec Paul Auster à New-York et dans les ruelles de Paris, on suit ses premiers émois, l’amour fou qu’il a pour sa femme (Siri Hustvedt, et si ce n’est déjà fait, lisez les livres de cette dernière !) la naissance de la vocation et son quotidien d’écrivain.
Chronique d’hiver  est un « je me souviens » de Perec, un inventaire à la Prévert, un monologue à ciel ouvert.

Editeur : Lémeac/Actes Sud
EAN : 9782330016326

Citations :

  • Il ne fait aucun doute que tu es un individu imparfait et blessé, un homme qui porte en lui une blessure depuis le tout début (pourquoi, sinon, aurais-tu passé toute ta vie d’adulte à verser ce sang de mots sur une page ?), et les avantages que tu retires de l’alcool et du tabac te servent de béquilles pour que ton moi puisse tenir debout et se déplacer dans le monde.
  • À ton grand soulagement, vos personnalités ne se ressemblaient pas du tout. Elle riait plus que toi, elle était plus chaleureuse, et pourtant, tout au fond, au point le plus profond, vous vous rejoigniez, tu avais l’impression d’avoir rencontré une autre version de toi-même – mais une version dont l’évolution avait été poussée plus loin que chez toi et qui se trouvait mieux à même d’exprimer ce que tu gardais refoulé en toi, un être plus sain d’esprit.
  • Tu es retourné dans ta chambre, à la solitude de ta chambre, la plus exigüe des petites chambres qui parfois t’obligeait à sortir en quête de prostituées, mais tu aurais tort de dire que tu as été malheureux, car tu n’avais aucun mal à t’adapter à la pauvreté de ta situation, et tu as même trouvé stimulant de découvrir que tu étais capable de subsister avec presque rien et que, du moment que tu pouvais écrire, ta façon de vivre ou ton lieu de vie n’avaient pas d’importance.
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4 réflexions au sujet de « Chronique d’hiver. Paul Auster »

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