Chez les Weil. Sylvie Weil

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L’hérédité, quand on s’appelle Sylvie Weil, est doublement chargée.
Être la fille d’André le grand mathématicien et la nièce de Simone la grande philosophe, est loin d’être évident.
Sylvie Weil est « juste » professeur de littérature dans de grandes universités américaines, elle est écrivain et un peu perdue dans les mythes de sa généalogie.
Chez les Weil est un mélange de souvenirs d’enfance, d’enquête familiale et de réflexions.
Qu’est-ce qui fait le génie ? Comment se fait-il que dans cette fratrie de deux enfants, il y eut deux cerveaux qui ont marqué le XXème siècle ? Comment vivre en étant soi ?
Elle se penche d’abord sur ses grands-parents qui étaient de ces êtres qui adulaient leurs enfants. Il y a une scène très touchante dans ce livre où l’on voit les parents de Simone Weil recopier inlassablement les écrits de leur fille, morte à 34 ans, pour que vivent sa mémoire et ses écrits mais aussi et surtout, pour être encore un peu avec elle.
On repense alors à l’amour fou que portait Anne-Marie Schweitzer pour son petit Poulou, que racontait  Jean-Paul Sartre dans Les mots.
Le père, André Weil, adulé lui aussi, avait, contrairement à sa sœur, le génie serein mais perdu dans le monde merveilleux des mathématiques, n’était pas vraiment présent pour sa fille.
Ce livre est à la fois très intime et très réfléchi. On sent parfois sous l’universitaire, la petite fille frustrée de ne pas avoir pu plonger dans le monde étrange et fascinant de son père et de sa tante, de finalement n’avoir pu que côtoyer les personnes qu’elle aimait.

Editeur : Phébus (éditions)
Collection : Libretto
EAN : 9782752908728

Citations :

  • (Sur André Weil) Son « tu veux venir avec moi ? » résonne encore à mes oreilles et me remplit de nostalgie, à présent que je ne suis plus la gamine de quatorze ou quinze ans qui, au moment où elle va se précipiter en criant « oui, j’arrive, attends-moi ! » est soudain saisie d’angoisse : de quoi vais-je bien pouvoir lui parler ? Pas question de parler de moi, je ne suis pas un sujet de conversation, pas question de lui parler de mes copines de classe, ni des jeux avec mes cousins dans les bois de Châteney-Malabry. Il faut que je trouve quelque chose de rare, d’exceptionnel à lui raconter, il faut que je lui prouve mon intelligence. S’il allait s’ennuyer avec moi ?
  • Le vrai projet de Simone, c’est d’éprouver la peine des pauvres, non de leur fournir du pain ou des vêtements. Sa forme de charité, à elle, c’est de devenir le mendiant et de refuser qu’on la soulage. Elle l’a dit, elle commet le pêché d’envie quand elle pense au Christ sur la croix.
  • La vraie relique est une présence, tandis que moi, du point de vue des fidèles (et parfois même d’indifférents, car il y a une espèce de contagion), je suis une absence. Mon propre est de ne pas être. De ne pas être Simone.
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