Bouquiner. Annie François

bouquiner

Annie François avait deux passions, ou deux vices c’est selon : les livres et les cigarettes. Editrice au Seuil et femme pudique, elle préférait parler d’elle à travers ses livres. Notamment son « autotabacographie » clopin-clopant et son « autobibliographie » Bouquiner. Etant d’une morale irréprochable et laissant les poumons sains aux Heidi des blancs alpages, je préfère vous parler aujourd’hui de Bouquiner.

Bouquiner est un vrai livre de chevet ; composé de micro chapitres, il se picore, se pose, se laisse oublier puis revient les soirs de fatigue où, de toutes façons, on va quand même lire… mais pas trop. Ce livre est une gourmandise pour les lecteurs gourmands. Annie François à travers ses anecdotes de lectrice compulsive fait partager sa passion et rassure le bouquinovore qui, comme tout drogué, a besoin de frères d’armes.

Un conseil ; munissez-vous d’un carnet à la lecture de ce livre  pour pouvoir noter tous les livres cités. La dame ayant le plaisir communicatif, vous risquez de succomber à ses auteurs préférés !

Editeur : Seuil
Collection : Points
EAN : 9782020564779

Citations :

Il y a l’avant et l’après. Avant, allumettes, caviar, brosse à dents, vin, livres, chaussures étaient des produits distincts, plus ou moins étiquetés. Aujourd’hui, tous sont frappés du code-barres qui rabaissent ces objets, petits ou grands, ordinaires ou luxueux, au rang de marchandises. Or le livre à mes yeux ne saurait être une marchandise.

Depuis l’enfance, mon premier réflexe est de plonger le nez au milieu du livre à demi ouvert. Volupté des manuels scolaires neufs. Leur papier glacé me rafraîchissait les joues tandis que leurs bouffées d’amande amère me faisaient chavirer. Fine odeur un peu poivrée des mes « contes et légendes du monde grec et barbare », au papier pelucheux comme une peau de pêche.

(…) Donc, je fonce dans l’urgence chez un de mes libraires habituels, me précipite sur le bon rayon ou la table des nouveautés, me rue sur la caisse. Trop tard. Mon oeil a enregistré au passage les « Lettres de la princesse Palatine ». Et puis, juste à côté de la caisse, « Point de lendemain » de Vivant Denon, dont la première page est un irrésistible exercice de conjugaison (à offrir). J’achète. Je file. Ouf, je m’en suis sortie avec trois livres dont deux maigrichons. La pile en souffrance m’épargnera.

Accabadora. Michela Murgia

accabadora

Découvert grâce aux conseils avisés d’une excellente lectrice, Accabadora est un livre bouleversant dans le sens premier du terme; beaucoup plus de questions que de réponses en le refermant.
Qui est la vraie mère, celle qui donne la vie ou celle qui donne la mort?
Jusqu’où peut-on aller par amour? qu’il soit amical, maternel ou passionné ? Qu’est ce qu’un sentiment juste ?
On lit le livre dans le même souffle qui porte les personnages de Michela Murgia.
J’ai refermé ce livre mais j’y reviendrai c’est certain.

Editeur : Seuil
Collection : Points
EAN : 9782757829998

Citations :

Il n’était pas facile, à l’époque, de déterminer l’âge de Tzia Bonaria : on aurait dit qu’elle avait volontairement vieilli d’un coup, de nombreuses années plus tôt, et qu’elle attendait d’être rejointe par le temps. Arrivée, quant à elle, trop tard dans le ventre de sa mère, Maria s’était habituée à être le cadet des soucis d’une famille qui n’en avait que trop. 

Fillus de anima . C’est ainsi qu’on appelle les enfants doublement engendrés, de la pauvreté d’une femme et la stérilité d’une autre. De ce second accouchement était Maria Listru, fruit tardif de l’âme de Bonaria Urrai.

Nous sommes bien mère et fille… mais nous ne sommes pas une famille. Si nous étions une famille, il n’y aurait pas eu d’entente entre vous… c’est-à-dire, je crois que c’est vous, ma famille. Parce que nous sommes plus proches.