Un obus dans le coeur. Wadji Mouawad

un obus

Ils sont nombreux les textes sur la disparition d’une mère. Adulées, aimées ou haïes, ces femmes n’ont pas, dans l’inconscient collectif, le droit de mourir.
Le court roman de Wadji Mouawad est d’une force étonnante : il résume à lui seul tous les sentiments que peuvent inspirer la mort.

Son personnage, Wahab, est un enfant de la guerre du Liban. Confronté à des images atroces, il gardera en lui une colère immense née de la violence que peuvent se faire les hommes entre eux. Cette colère rejaillira à l’annonce de l’agonie de sa mère.
Il y a un lien très fort tout au long du texte entre cette mère et la guerre. La mère de l’enfance -aux mains sucrées, aux bras consolateurs- rappelle « l’avant » de la vie de Wahab, avant de voir des hommes et des femmes mourir, avant, quand tout était calme et serein. La mère de l’adolescence est celle qui change de visage, Wahab ne reconnait plus cette femme ; il reporte sur elle sa propre transformation, la formulation indistincte de ce qu’il a vu, enfant. La mère sort de la perception du cœur, elle est intellectualisée, elle perd son aura, son visage.
Elle tombe malade à l’entrée à l’âge adulte, Wahab n’a pas le temps de pardonner, de relativiser, sa mère le quitte avant la trêve.

C’est l’histoire un jeune homme de 19 ans qui refuse de toutes ses forces l’inéluctable, qui n’a pas la force nécessaire pour accepter son chagrin et qui, comme sa mère, va devoir passer en un nuit dans un autre monde, inconnu, effrayant.
L’une mourra et l’autre pourra commencer à vivre.
La mort comme un dernier acte d’amour.

 Extrait :

« J’aurais voulu te connaître, mais trop de peurs nous ont séparés. Tu resteras désormais au cœur de toutes mes couleurs. Pardon pour les inquiétudes. »

Lu dans le cadre du challenge « Jacques a dit » de Métaphore Bookaddict

jacques a dit

Et dans la série… j’en rajoute une couche…

jacques a dit

Non contente de ne pas respecter ma décision de ne plus faire de challenge et après avoir adhéré à « Ma PAL fond au soleil » de Métaphore, je me suis inscrite au « Jacques a dit » de juin de ..Métaphore…

Bref, ce mois-ci le sujet est :

Roman d’un auteur québécois dont le nom comporte un M et qui est né avant 1971

Ce sera donc :
Roman d’un auteur québécois dont le nom comporte un M
et qui est né avant 1971

Idée de Marion
Merci le Québec!!!! 😉

Autant vous dire que lorsqu’on demande à la Belle Province de donner une idée biscornue et bien, on est servi !

Voilà, voilà… J’ai choisi un livre de Wadji Mouawad « Un obus dans le coeur ».

Si vous voulez participer, faites un tour chez Métaphore !

P.S. à l’intention de cette dernière : « Chère Métaphore, si tu pouvais arrêter de me tenter avec tes super challenges cela m’arrangerait. Je suis ridicule à force de changer d’avis tous les deux posts.Merci !!!

Challenge chez Métaphore. « Jacques a dit » d’octobre

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Et c’est reparti pour un tour !
Je me suis à nouveau inscrite au « Jacques à dit » de Métaphore (pour ceux qui ne connaissent pas encore, un petit clic ici)

et, oh joie !, c’est ma proposition qui a été retenue.

L’idée du mois est de trouver un livre (roman ou nouvelles) dont le titre contient
« Je », « Tu » ou « Il ».
J’ai choisi de lire « Je suis une légende » de Richard Matheson.

Allez vite faire un tour chez Métaphore pour participer au premier challenge de l’automne 😉

Bilan d’Août du challenge « Ma PAL fond au soleil »

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Bilan final du challenge estival de Métaphore

Objectif initial : 50 livres à lire, Objectif réduit à 20 livres parce que je suis une grosse feignasse parce que je n’ai pas eu le temps !

Bon voilà, je suis arrivée péniblement à 21 livres résumés cet été, j’en ai lu plus heureusement mais mon immense capacité à repousser à des jours meilleurs mes notes de blog a fait son œuvre…

Bref, pour le mois d’août :
1- Opium Poppy d’Hubert Haddad (plein les yeux)
2- 84, Charing Cross Road d’Helen Hanff (plein les yeux)
3- Le bal des débris de Thierry Jonquet (l’oeil qui rit)
4- Le syndrome Copernic d’Henri Loevenbruck (l’œil qui pique)
5- Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik (l’œil qui rit)
6- Simone de Beauvoir de Deirdre Bair (clin d’œil)
7- Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (plein les yeux)
8- Histoire d’une femme libre de Françoise Giroud (l’œil qui rit)
9- Françoise de Laure Adler (clin d’œil)

Faire mieux l’été prochain fera partie de la longue liste de mes bonnes résolutions pour 2014 !

Jacques a dit du mois d’août : Les femmes d’influence

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Le « Jacques a dit » de Métaphore du mois d’août proposé par A vue de nez me permet d’aborder sur ce blog deux de mes écrivains préférés ; Simone de Beauvoir et Françoise Giroud. Je crois être autant admirative de leurs parcours que de leur écriture et ça tombe bien, l’intitulé du challenge est « Femme d’influence ». Et influentes elles l’ont été pour le XXème siècle, chacune à leur manière. Pour me remémorer leurs vies, j’ai choisi de lire deux livres pour chacune d’entre elles et de les mettre en parallèle avec des biographies plus officielles. Ainsi pour Simone de Beauvoir « Les mémoires d’une jeune fille rangée » le premier volet de sa trilogie autobiographique et la biographie de Deirdre Bair « Simone de Beauvoir » et pour Françoise Giroud une de ses autobiographies, publiée à titre posthume « Une femme libre » et la biographie de Laure Adler « Françoise ».

D’un premier abord, il est frappant de constater les similitudes de ces deux destins. Beauvoir et Giroud ne sont pas nées à la bonne époque, pour les femmes du moins. La première en 1908, la seconde en 1916. Toutes deux dans des familles de « déclassés ». C’est plus frappant pour Françoise Giroud, dont la famille qui vivait en Turquie a subi l’exil politique. L’arrivée en France et la mort prématurée du père (dont la cause sera un des secrets les mieux gardé par sa fille) fera basculer les Gourdji dans la pauvreté. Beauvoir elle a connu une enfance relativement protégée avant une faillite familiale mais l’on taisait les soucis d’argent quand on était issu de la petite noblesse. Le plus gros problème à l’époque et pour ces deux femmes surtout était de naître fille. La légende familiale relayée par Françoise Giroud racontait qu’à sa naissance son père ait été effondré  » Ma première leçon, je l’ai reçue de mon père, le jour de ma naissance. J’étais sa seconde fille. La première avait six ans déjà. Il voulait un fils. En me voyant, il a dit :  » Quel malheur !  » – et il m’a repoussée. […] Je n’ai cessé de demander pardon, autour et alentour, de n’être pas un garçon. Je n’ai cessé de vouloir faire la preuve qu’une fille, c’était aussi bien. » (in « Leçons particulières »). Beauvoir, elle par chance, était l’aînée ; il y avait encore un espoir. Mais dans les deux cas, le destin prévu était, au mieux, un bon mariage.

Il va sans dire que ces eux là n’ont eu de cesse d’exister par elles-mêmes et qu’un mari ne faisait pas le poids face à une carrière potentielle. Car les deux furent carriéristes, avant même que le terme existe. Giroud n’a pas eu la possibilité de faire des études et se contenta d’un diplôme de steno-dactylo ce qui lui fera répondre à la question vulgaire d’un député sur son niveau d’étude « Monsieur, je suis agrégée de la vie ». Beauvoir elle, a été la plus jeune agrégée de philosophie de France à 21 ans, elle ne fut pas major malgré une note supérieure à celle d’un certain Jean-Paul Sartre…question de sexe bien sûr. Si le professorat tendait facilement les bras à Beauvoir, l’ascension de Giroud fut plus laborieuse mais quand on a comme premier travail à 16 ans d’être la secrétaire d’André Gide, c’est qu’on a une bonne étoile.

Je ne vais pas m’étendre plus sur le parcours de ces deux femmes, je vous laisse le découvrir si ce n’est déjà fait. Une dernière similitude seulement, elles vécurent toutes deux des histoires d’amour atypiques. Giroud avec Servan-Schreiber, la grande passion de sa vie et Beauvoir avec Sartre, qui fut plus une entente intellectuelle parfaite qu’une passion dévorante (qui sera l’apanage de Nelson Algren…)

Pour finir sur ce petit (hum) préambule, sachez qu’elles se détestaient cordialement. Giroud n’a eu qu’une phrase à l’annonce de la mort de Beauvoir « Elle s’habillait mal »…

Passons à l’histoire écrite et privilège de l’âge, par Simone de Beauvoir.

Il est facile pour un biographe de retracer la vie de la philosophe tant elle a tout consigné de ses faits et gestes de ses 15 ans à sa mort. Tout. Par le biais de journaux, d’autobiographies et d’une correspondance qui ferait pâlir Amélie Nothomb. Il y a cette volonté farouche de relater le quotidien dans sa plus pure objectivité. Mais cela ne vaut que pour ses carnets et ses lettres qui furent publiées pour la plupart de façon posthume, ses autobiographies diffèrent toutes légèrement des écrits plus personnels. Je ne crois pas qu’il y ait une volonté de masquer des faits dans les « Mémoires d’une jeune fille rangée » mais qu’il s’agisse plutôt d’un autre regard. Si Beauvoir décrit Simone dans ses carnets elle relate la vie de l’écrivain et de la philosophe dans le premier tome de son autobiographie.

J‘ai choisi la biographie de Deirdre Bair dans la multitude de celles publiées pour élément de comparaison, non pas pour relever les différences mais pour au contraire souligner la formidable platitude de ce texte. Ce n’est absolument pas une critique mais un constat : ce texte est un très bon condensé de ce qu’à pu dire Beauvoir d’elle-même. Il est parfait pour ceux qui veulent avoir une vue d’ensemble de la vie et de l’œuvre de l’auteur, sans en avoir à lire les carnets et la correspondance.

Je suis assez admirative du travail de biographe que fait Sylvie Le Bon de Beauvoir, la fille adoptive de la philosophe qui publie régulièrement, sans ajout si ce n’est quelques notes, les textes personnels de Simone de Beauvoir. Sans analyse, sans avis, ces documents permettent à ceux qui s’intéresse à sa vie d’avoir ce que la philosophe à toujours voulu ; la vérité. « Et même si je l’ai entrepris, c’est en grande partie parce que je sais qu’on ne peut jamais se connaitre mais seulement se raconter. » (in « La force de l’âge »)

Pour Françoise Giroud passez-moi l’expression mais c’est une autre paire de manches. Giroud a passé sa vie à composer avec son histoire. L’enfant blessé a parlé tout au long de son existence. C’est grâce à Alix de Saint-André et son travail de bénédictine qu’on a pu lire en janvier 2013 soit dix ans après la mort de la journaliste le texte le plus sincère qu’elle ait écrit sur elle-même, texte qu’elle avait affirmé avoir détruit. « Histoire d’une femme libre » a été rédigé pendant la convalescence de sa tentative de suicide en 1960. L’année où elle a tout perdu ; l’homme de sa vie et son travail. L’un n’allait pas sans l’autre. Jean-Jacques Servan-Schreiber et elle avaient fondé l’Express, enfant de papier d’un couple fusionnel. JJSS a vendu l’Express sans son accord et peu de temps après en a épousé une autre. C’est une femme exsangue qui rédige ce texte. Tout mensonge est vain, toutes les barrières, inutiles ; il est écrit par elle, pour elle. On y découvre l’autre versant de la dame de fer, combien il a été dur d’être la petite Gourdji, la plus pauvre de l’école. L’éducation remarquable mais féroce d‘une mère qui voulait que ses enfants se tiennent, la vie d’une femme qui n’a jamais pu ni jamais voulu laisser le destin en décider pour elle. Quand tout s’effondre il ne reste que ce qu’elle a toujours su faire, écrire « Être seule, c’est ne plus avoir, auprès de soi, quelqu’un de qui se faire entendre sans parler ».

Dans « Leçons particulières » ont peut lire ceci : « A l’âge où l’on se dit:  » Qu’ai-je fait de ma vie? « , on s’aperçoit que ce sont les autres qui vous ont formé et parfois déformé, qu’on leur doit qui l’on est, pour le meilleur et pour le pire, qu’une existence, ce sont des rencontres avant d’être des événements », (ce qui est la parfaite antithèse de la version beauvoirienne de l’existence), c’est bien un travail de journaliste qu’a fait Giroud dans cette autobiographie.

Lire simultanément son autobiographie officielle et ce récit, c’est lire la même histoire, à quelques ellipses volontaires près mais pas écrite de la même main. C’est lire l’écrit du dedans et du dehors.

La biographie de Laure Adler dérange, comme tout ce qui a été écrit sur Giroud et qui ne vient pas d’elle-même. J’en profite pour vous déconseiller de toutes mes forces le texte de Christine Ockrent qui est tout simplement abjecte. Adler creuse le mythe Giroud mais comme pour Beauvoir, je vous conseille avant tout de lire la version de l’auteur. Si omission il y a, c’est le choix de l’écrivain…

Pour conclure, ce sont deux femmes qui m’ont littéralement construite. Je les lis depuis mon adolescence (il y a de ça …oui, longtemps), je sais que si elles me lisaient elles feraient une crise cardiaque devant un tel style…je continue à piocher dans leurs livres des morceaux de vie parce que près d’un siècle après leur naissance, ce n’est toujours pas facile d’être une femme libre.

Françoise Giroud
« Françoise » Laure Adler
Éditeur : Grasset
EAN : 9782246759294
Nombre de pages : 496

« Histoire d’une femme libre »
Éditeur : Gallimard
EAN : 9782070138401
Nombre de pages : 248

Simone de Beauvoir
« Mémoires d’une jeune fille rangée »
Éditeur : Galliamard
Collection : Folio
Nombre de pages : 472

« Simone de Beauvoir ». Deirdre Bair
Éditeur : Fayard
EAN : 9782213025360
Nombre de pages : 834

Mémoires d'une JF rangee. CouvSimone de B. Couvfrancoise. couvHistoire d'une femme livre. Couv

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Challenge « Le Nez dans les livres » chez George

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Un nouveau challenge autour de la lecture chez George

Il suffit de lire des romans dont le titre contient le mot : Lecture, livre, lecteur, auteur, librairie ou bibliothèque ou tous mots en rapport direct avec la Lecture  !

Trois catégories:
1. Histoires d’en lire : 1 à 3 livres
2. Pages Volantes : 3 à 9 livres
3. Lira bien qui lira le dernier : 10 livres ou plus

Je me suis inscrite dans la première catégorie, si vous êtes tentez vous aussi, allez faire un tour ICI !