Avec les Alcooliques Anonymes. Joseph Kessel

Avec les alcooliques anonymes.Couv

En voilà un choc ! En flânant dans une belle librairie de quartier (mon activité préférée) je suis tombée sur ce livre et l’ai acheté uniquement parce qu’il rentrait dans mon challenge « Addiction ». Le titre :  « Avec les Alcooliques Anonymes » était plutôt clair !
Je connais comme tout le monde l’existence des « A.A » mais je n’ai jamais vraiment creusé le sujet. Cette lecture m’en a donné l’occasion. Il s’agit d’un reportage de Joseph Kessel aux États-Unis, dans les années 50 et publié en 1960.

Intrigué par cette méthode miraculeuse pour certains, qui a permis à des milliers de personnes de sortir des affres de l’alcool, Kessel est parti sur la route à la rencontre de ces hommes et femmes dépendants et de ceux qui les aident à s’en sortir.
Ce qui m’a le plus frappé dans ce livre sont les témoignages de personnes comme vous et moi, qui basculent. J’étais convaincue qu’il fallait un élément déclencheur très fort pour que quelqu’un se réfugie dans la boisson et devienne alcoolique et ici les vies décrites sont au départ, idéales. Une belle maison, un travail, une famille aimée et aimante et …l’alcool. La déchéance arrive à une vitesse stupéfiante sans que rien apparemment ne l’annonce.
Il y a aussi bien sûr la rencontre de Kessel avec les membres fondateurs des « Alcooliques Anonymes » et la description de leur façon de faire avec ces personnes en souffrance.

J’ai beaucoup aimé le fait que Joseph Kessel ne cache rien de ses questions, de ses doutes et de ses découvertes de ce monde trop souvent ignoré.
Je vous conseille vraiment cette lecture, même si vous n’êtes pas directement ou indirectement concerné par ce problème. Il permet d’avoir un autre regard sur ce peuple en souffrance, de sortir de l’idée que le  « pochtron du coin » est un sous-homme, un être faible, et de se dire qu’il a été et il sera peut-être à nouveau avec un peu d’empathie et beaucoup d’écoute, un homme comme vous et moi.

Mais malheureusement, le livre n’a pas pris une ride….

Éditeur : Gallimard
Collection : Folio
Ean : 9782070453559
Nombres de pages : 352

Citations :

  • Un soir où, une fois de plus, il souffrait de cette angoisse, quelqu’un lui tendit un Bronx cocktail. Il avala, sans avoir ce qu’il buvait, son premier alcool. D’un seul coup, la timidité, l’anxiété, l’humiliation disparurent. Il parla, il brilla. Encore un cocktail, un autre et il est le roi de la soirée. Il avait trouvé dans son verre le lien qui lui manquait avec les hommes, quels que fussent leurs fortunes ou leurs rangs.
  • Pourquoi même l’excès, même l’état d’ivresse ne déclenchaient-ils pas chez eux cette terrible réaction en chaîne qui obscurcissait, détruisait, emportait tout ? Pourquoi étaient-ils capables, quoique buvant, de contrôler, diriger leur vie ? Bref, pourquoi y avait-il des gens capables de maîtriser leur alcool et d’autres-comme Bill et le docteur Bob- qui en devenaient les esclaves ?
  • Prenez un diabétique, dit-il. Grâce au régime et au traitement médical qu’il suit, il a une vie et une activité normales. Mais il n’est jamais guéri. Il reste atteint du diabète et condamné à une stricte discipline. C’est exactement la même chose pour nous.
  • Un jour, uniquement à cause de la température, j’ai été pris d’une envie de bière bien fraîche. Aussitôt j’ai pensé : « allons, c’est de la folie. Voilà onze années que je n’ai pas touché à une boisson alcoolisée. Je ne vais pas recommencer maintenant. A quoi l’intellectuel en moi a répondu : « justement, après onze années d’abstinence parfaite, un verre de bière ne peut pas être dangereux. Que diable ! Un seul verre. Après onze ans ! Rien qu’un verre ! »
    (…)
    Alors ? Demandai-je.
    Alors, dit l’écrivain, « ce seul » verre de bière eut pour effet dans les dix-huit mois qui suivirent, de m’amener quinze fois, repris par le plus mortel alcoolisme, dans des asiles pour malades mentaux. Moi, l’esprit supérieur, moi dont la volonté exemplaire avait suffi au salut…

Challenge Addict

Biographie de la faim. Amélie Nothomb

Biographie de la faim. Couv

Amélie Nothomb est un être éminemment dépendant. Dépendante de l’écriture ; sa graphomanie a fait sa réputation et la fortune de son éditeur, dépendante du champagne diront certains mais aussi et depuis toujours, dépendante de la faim. Cette faim qui est le personnage principal de ce livre. Il en était déjà question dans « Métaphysique des tubes » où elle se présentait comme l’incarnation d’un tube digestif, vide en permanence, qu’il fallait remplir pour exister.

On traverse une partie de la vie de Nothomb dans ce livre, de sa petite enfance japonaise, à l’entrée dans l’adolescence. Quelques soient les contrée traversées, la petite Amélie n’aura de cesse de se remplir. De nourriture donc, du sucré exclusivement prémices des troubles alimentaires qui jalonneront son adolescence ; d’eau surtout avec une potomanie délirante née d’une passion pour la fontaine d’un temple shintoïste et corollaire d’une autre passion, celle de l’alcool étonnement tolérée par son entourage familial (elle se faisait servir un whisky par son père tous les soirs à l’âge de …huit ans !).

« Biographie de la faim » est une longue métaphore filée  d’un manque. Un vide qui n’a pas de nom, une faim d’être.

Editeur : LGF/ Le livre de poche
EAN : 9782253117179
Nombre de pages : 188

Citations :

  • Adorer l’alcool ne m’empêchait pas de vénérer l’eau, dont je me sentais si proche. L’eau s’adressait à une autre soif que l’alcool : si ce dernier parlait à mon besoin de brûlure, de guerre, de danse, de sensations fortes, l’eau, elle, murmurait de folles promesses au désert ancestral contenu dans ma gorge. Si je descendais un rien en moi, je rencontrais des territoires d’une aridité sidérante, des berges qui attendaient la crue du Nil depuis des millénaires. Avoir la révélation de cet étiage me donna pour toujours la soif de l’eau.
  • J’avais faim de Nishio-san, de ma sœur et de ma mère : j’avais besoin qu’elles me prennent dans leurs bras, qu’elles me serrent, j’avais faim de leurs yeux posés sur moi.
    J’avais faim du regard de mon père, mais pas de ses bras. Mon lien avec lui était cérébral.
  • La surfaim n’était pas la possibilité d’avoir davantage de plaisir, c’était la possession du principe même de la jouissance, qui est l’infini. J’étais le gisement de ce manque si grandiose que tout en devenait à ma portée.

Challenge Addictchallenge-c3a9tc3a9 logo-jacques1

Toxique. Françoise Sagan

Toxique. Couv

Hospitalisée après un accident de voiture, Françoise Sagan est devenue dépendante d’un dérivé de Morphine. Suffisamment pour devoir suivre une cure de désintoxication. C’est cette parenthèse dans sa vie qu’elle décrit dans « toxique », sous la forme d’un journal de bord.
Il en ressort qu’elle ne croit qu’à moitié à cette cure. Comme si elle avait conscience qu’une vie heureuse, cette rédemption, ne passait pas par une simple désaccoutumance à un produit mais par la quête d’un idéal pas encore défini chez elle. Ce temps de lucidité est angoissant, elle n’a que 22 ans et déjà beaucoup de vies vécues. « Le charmant petit monstre » de Mauriac sera dépendant toute sa vie, à l’alcool, aux drogues, au tabac. Les illustrations de Bernard Buffet collent parfaitement au texte et plonge le lecteur dans ce monde de torpeur, de doutes et de manque.

C’est le premier billet du challenge « Addictions » mais pas la première lecture et je suis frappée de la similitude de fond chez les écrivains qui abordent le problème de la dépendance. Les formes des textes sont très variées les sujets aussi, mais la dépendance apparaît systématiquement comme un « sur- problème » à une faille initiale, vaguement comblée par une toxicomanie quelconque qui la masquera un temps. L’écriture devient alors une tentative de  mesure de ce vide.

Éditeur : LGF/ Le livre de poche
EAN : 9782253156765

Citations :

  • J’ai eu un moment de gaieté ce matin dans une allée en me rappelant cet escalier du Jimmy’s, ce bar, comme j’y étais bien, comme j’y riais, comme c’était sombre et complice. Tout cela qui me mène ici dans cette allée où je marche seule, en faisant attention malgré moi à un cœur indolent et mal rythmé. Me voici punie, moi qui ne crois pas aux punitions.
    Mes frères alcooliques, aimable tribu débonnaire des nuits de Paris, je ne pourrais plus vous suivre, de bar en bar, de voiture en voiture, ou alors à jeun. Et je crains que ça ne marche pas.
  • Mais il me semble que, désormais, mes seuls rapports heureux avec moi-même, en dehors des autres êtres et des quelques moments d’exaltation ou de bien-être physique que la nature procure, ne pourront êtres que littéraires. Ainsi donc les écrivains tomberaient dans le même piège que les comptables, les industriels et autres abrutis de travail. Pour se retrouver plus tard en proie à quelle solitude inactive : ça donne le frisson.
  • Il y avait longtemps que je n’avais pas vécu avec moi-même. C’est d’un effet curieux.

toxique2

Challenge Addict          challenge-c3a9tc3a9Challenges….

Challenge « Addiction »

Challenge Addict

En (essayant) de ranger ma bibliothèque et ma PAL je me suis rendu compte qu’une thématique était très présente dans celles-ci : la dépendance. C’est un thème récurrent dans la littérature, que cette dépendance soit due à l’alcool, au tabac (L’œil qui fume porte bien son nom), à la drogue ou même …aux livres. Si, si vous êtes accros vous aussi !
C’est donc une bonne occasion de vous proposer un challenge, non limité dans le temps, sur ce sujet.
La liste des livres est ouverte, n’hésitez pas à m’en proposer d’autres.
Aucune modération ne sera tolérée sur ce Challenge, il n’y a aucun effet secondaire néfaste !

Je n’ai pas trouvé de challenges similaires, merci de m’avertir du cas contraire.

P.S : Comme L’oeil aime beaucoup la pub, si vous voulez vous inscrire, faites-moi un joli billet sur votre blog avec le challenge en lien, en récompense vous recevrez une solide poignée de main (virtuelle) et toute ma considération 😉

Catégories :

Tourtel©
1 ou 2 livres

Vous reprendrez bien un verre ?
3 à 5 livres

Bukowski
5 livres et plus.

Les livres proposés :

Beigbeder Frédéric       99 francs
Boulgakov Mikhaïl          Morphine
Bourdelas Layrent         L’ivresse des mots
Bukowski Charles         Journal d’un vieux dégueulasse
Burgess Melvin             Junk
Cave Nick                      Mort de Bunny Munro
Claro                              Tous les diamants du ciel
Cocteau Jean                Opium
Crumb Robert                Oggie, la jeune fille et le haricot
Crumb Robert                Nausea (Merci Noctenbule)
Delay Florence              Mes cendriers
Exley Frederick              Le dernier stade de la soif
Fournier Jean-Louis       A ma dernière cigarette
Fournier Jean-Louis       Il n’a jamais tué personne mon papa
François Annie               Clopin-clopant
Gailly Christian               Un soir au club
Nothomb Amélie             Biographie de la faim
Haddad Hubert               Opium Poppy
Kessel Joseph                Avec les alcooliques anonymes
Nourissier François        Eau-de-Feu
Robbins Tom                   B comme bière (Merci Métaphore)
Sagan Françoise            Toxique
Svevo Italo                       La conscience de Zeno (Merci le Charlatan Littéraire)
Welsk Irvin                      Trainspotting
Zamoum Fatma Zohra   Comment j’ai fumé tous mes livres
Zola Émile                       L’assommoir

Le plus : Si vous cherchez d’autres idées de lectures,
Métaphore (merci à toi !) a rajouté une liste de titres en commentaire,