Analyse croisée du vide

l'amour est déclaréET dupont

 

Comme vous l’avez compris, je suis revenue au stade du lecteur- acheteur et non plus du lecteur-service de presse. C’est-à-dire de la personne qui va dans des librairies et qui se fie à son libre arbitre pour acheter de quoi tenir la semaine.

Jusque ici tout va bien (sauf pour mon portefeuille). C’était sans compter que mon libre-arbitre a dû profiter des ponts et partir vers des contrées lointaines la semaine dernière car j’ai lu (et acheté donc) deux « livres » dont la profondeur égale celle d’un pédiluve sous la canicule. Le contenu aussi d’ailleurs…

Le dernier livre de Nicolas Rey et celui de Guillemette le Vallon de la Ménodière m’ont coûté 19.50 euros et un sérieux lumbago de neurones.

Commençons par Nicolas Rey.

Nicolas Rey est un écrivain, enfin… Nicolas Rey écrit des livres. Il a reçu en 2000 le Prix de Flore – dont la récompense est une année de vin blanc gratuit dans le fameux bistrot, notons qu’Amélie Nothomb l’a reçu elle aussi et méditons sur cette parfaite adéquation du prix et des auteurs récompensés – son précédent livre était Un léger passage à vide qui racontait son sevrage. C’est donc un Rey tout neuf, tout sobre qui nous livre son dernier roman.

Oui mais voilà, la Vittel n’a jamais transformé personne en écrivain. Le sujet ? Rey, tout neuf, tout sobre va tomber dans les affres de l’amour et se rendre compte qu’il est accro à Maud. Or la drogue c’est mal et la Maud aussi. Comme le dit si lyriquement l’auteur de la quatrième de couverture «  Et l’amour n’est-il pas la plus dangereuse des addictions ? » (Vous avez 4 heures).

Donc Nicolas tombe amoureux de Maud, Maud est la fille d’un acteur célèbre (Je vous fais gagner du temps et des recherches Google, il s’agit de la fille de Luchini) Maud est nympho, alcoolo et toxico mais Maud est la femme idéale. 158 pages de vie rêvée de sous-Beigbeder plus tard : Rien.

Le meilleur résumé tient dans cette citation de son éditrice (page 111) :

Clara (…) venait de lire les soixante premières pages du manuscrit.

J’avais la sensation d’être un gosse qui vient de faire une immense bêtise. Elle a commencé :

« Chiant.

–         A ce point ?

–         Pire. A gerber. Le mélange d’amour parfait et de conseils à ton fils : ultra merdique. Tu n’as pas encore 40 ans et déjà tu m’emmerdes.

D’aucun objecterons que je suis passé à travers l’essence du livre, cette mise en abîme de l’existence… mais comme je ne me shoote juste qu’aux Tagada et aux cigarettes (les vraies même pas celles qui font rire), que le bar de ma rue s’appelle « chez Mumu » – Entrée-plat-dessert-quart de vin à 12.90 €- et non pas les Deux-Magots, je comprends certainement mal l’amour-9ème arrondissement-sur-lit-de-cocaïne. Navrée.

Je pensais avoir touché le fond avec cette lecture mais c’était sans compter le j’aurais préféré m’appeler Dupont.  

Je l’ai acheté en pensant revivre un bon moment du type Groseille vs Le Quesnoy mais que nenni mes chers, que nenni. Ce livre aurait pu être une comédie, une tragédie, un récit, une autobiographie. Le problème est qu’il est une cométragécitautobio. On aurait envie de dire « choisis ton camp camarade » mais il serait malvenu de dire cela à Guillemette le Vallon de la Ménodière – qui a dû avoir une année de CP compliquée – même si cette dernière a rêvé de faire partie du peuple, du vrai. De troquer les petits fours contre un apéro saucisson-Ricard, Chopin par Cloclo, sa mère contre la bouchère du coin. « On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille » disait l’autre, c’est vrai que maman le Vallon de la Ménodière à l’air aussi marrant qu’un verre à dent, qu’avoir un sac à goûter cousu main, c’est un chouïa relou mais j’ai eu un peu de mal à éprouver de l’empathie… Ce qui m’a le plus gêné dans cette lecture c’est (je radote) l’absence d’orientation du texte. On passe de l’anecdote aux souvenirs tragiques, sans lien apparent. Le ton se veut détaché de l’éducation plutôt coincée de l’auteur et, selon l’accroche du bandeau signée par Jean-Louis Fournier, (parfaitement objectif puisque directeur de la collection dans laquelle le texte est publié) « Ce livre a été écrit avec un stylo de prolo et beaucoup de culot. Ça me plaît ». Sauf que le stylo de prolo sonne faux. En tout cas aussi bien que Joey Starr prenant un thé chez Angelina ou que la reine d’Angleterre dans une rave. Moi, ça ne me plaît pas.

Donc au final, nous avons 19.50€ bêtement dépensés alors que pour le prix, j’avais un déjeuner complet chez Mumu et même de quoi jouer au tiercé après.

P.S. La malédiction s’est arrêtée avec le troisième livre acheté qui est fabuleux. Les dieux de la littérature ont eu pitié. La suite au prochain épisode.

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5 réflexions au sujet de « Analyse croisée du vide »

  1. C’est parce que tu avais envie de te lâcher que tu es revenue à l’achat de livres. Si ces deux premières expériences furent malheureuses (et je comprends car j’avais lu Un léger passage à vide), tu t’es au moins éclatée sur ces chroniques à l’humour grinçant. Belle composition. J’espère que tes choix seront plus heureux la prochaine fois. Sinon, reviens aux SP et ne te bride pas sur les chroniques. Je ne me sens nullement obligée de dire du bien d’un livre reçu en SP.

    • Merci Jostein pour tes compliments ! Et non je me lâchais autant quand je n’aimais pas et que je recevais quand même des SP !! C’est d’autant plus rageant d’acheter des mauvais livres que de les lire !
      L’oeil donnera toujours son avis quelque-soit le mode de réception du livre 😉

  2. Le livre de Nicolas Rey m’avait été envoyé par l’éditeur à sa sortie…affligeant. J’avais mis en évidence la même citation que toi: révélatrice!

  3. Après avoir trouvé exclusivement des critiques favorables à ce livre de Guillemette le Vallon de la Ménodière, quel plaisir de voir que je ne suis pas la seule à avoir trouvé ce récit lamentable. Je commencé à douter de mes facultés d’analyse
    Merci

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