Un roman français. Frédéric Beigbeder

Un roman français. Couv

Il est touchant et horripilant ce Frédéric Beigbeder. Ça m’ennuyait de le lire au moment de la parution de son « Roman français » ; Beigbeder c’était pour moi, le type Bobo/Hipster/dans le mouv’/  « je suis de la haute mais je fais clodo c’est mieux », l’incarnation vivante de la chanson de Vian « J’suis snob ». Et puis j’ai eu dans les mains son « Premier bilan après l’apocalypse » et j’ai été admirative de la finesse et la justesse de son regard sur certaines œuvres littéraires. J’ai été ulcérée aussi qu’il place dans son classement Lolita Pille AVANT Hermann Hesse, ce qui équivaut pour moi à préférer un McDO à une blanquette de veau. Voilà admirative et ulcérée, cela résume assez bien mon état d’esprit sur cet homme.
Rien ne m’agace plus qu’un homme intelligent qui se fait passer pour un idiot, si ce n’est peut-être l’inverse, mais avouez que dans ce sens là c’est plus fréquent.
C’est un écrivain qui visiblement adore se saborder par des provocations un peu puériles pour masquer un vrai talent. Car c’est un écrivain talentueux et « Un roman français » est un bon livre.
Comme pas mal d’autres auteurs, il est très bon  lorsqu’il fait des livres autobiographiques (coucou Amélie N. !)

Alors l’histoire ? C’est celle de Frédéric B. la quarantaine barbue qui se fait coincer par la maréchaussée en train de prendre des substances illicites sur le capot d’une voiture. Le soir où son frère, Charles B. lui, apprend qu’il va recevoir la légion d’honneur. De quoi donner matière à réfléchir sur leurs destins réciproques et ce qui peut faire que dans une même fratrie l’un se retrouve au dépôt et l’autre à l’Elysée. L’occasion donc pour l’auteur de revenir sur son enfance et sur sa vie actuelle.
Oublions donc un peu le « people » pour découvrir l’auteur. Si on ne devait lire que des écrivains qui ne sont pas exaspérants dans leur vie publique, il ne resterait plus grand monde dans nos PAL…

Éditeur : LGF/ Le Livre de Poche
EAN : 9782253134411

Citations :

  • Le cerveau déforme l’enfance, pour l’embellir ou l’empirer, la rendre plus intéressante qu’elle n’était. Guéthary 1972 est comme une trace d’ADN retrouvée ; telle cette experte de la police scientifique du VIIIe arrondissement de Paris, en blouse blanche de laborantine, qui vient de me racler l’intérieur des joues avec une spatule en balsa afin de prélever ma muqueuse buccale, je devrais pouvoir tout rebâtir avec un cheveu retrouvé sur cette plage.
  • Et si Freud s’était trompé ? Et si l’important n’était pas le père et la mère, mais le frère ? Il me semble que tous mes actes, depuis toujours, sont dictés par mon aîné. Je n’ai fait que l’imiter, puis m’opposer à lui, me situer par rapport à mon grand frère, me construire en le regardant. Un an et demi d’écart, ce n’est pas assez : nous étions des faux jumeaux. Le problème, c’est que Charles est imbattable, il est l’homme parfait. Il ne m’a donc laissé qu’une option : être un homme imparfait.
  • J’ai eu beaucoup de chance, mes parents n’avaient qu’un but : ne pas traumatiser leurs enfants. C’était leur obsession, leur seule ligne de conduite. Protéger les deux fils. Qu’ils ne puissent pas détester leurs parents comme eux avaient détesté les leurs : nos grands-parents rétrogrades, aristocrates désargentés et bourgeois extravagants, qui les avaient élevés trop strictement, enfermés en pension, avec leurs principes dénués de tendresse, ou distraitement, avec trop de distance et de pudeur. Quand mes parents ont divorcé, ma mère a choisi de dissimuler la vérité à ses enfants pour les couver.

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Edit :   Aucun lien avec la choucroute, mais j’ai envie ce soir de vous demander d’aller voir ce blog : Le charlatan littéraire, qui fera marcher votre cerveau et vos zygomatiques car comme dirait l’autre « c’est bon de rire parfois ».
(Et pour encore plus de fun, compte tous ceux qui sont morts depuis…)

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Une réflexion au sujet de « Un roman français. Frédéric Beigbeder »

  1. « Un homme intelligent qui se fait passer pour un idiot » c’est très bien résumé. Mais j’ai l’impression qu’il a décidé de casser cette image d’idiot depuis peu…
    Beigbeder fait partager ses avis et ses expériences de vie pathétique pour les dénoncer, tout en s’insultant lui même. Il est doué et courageux, il tente de faire détester les personnages de ses livres, peut-être pour que l’on déteste ce qu’il a été avant ?

    Un roman Français n’est pas mon préféré ( à vrai dire je n’ai pas de préféré ) mais il est émouvant et intéressant à la fois. On apprend toujours pleins de choses avec FB e c’est ce que j’aime dans ses bouquins. Dans Un roman Français comme dans Windows on the World, il mêle deux histoires qui semblent n’avoir aucun rapport et pourtant en ont une. Dans celui-ci : l’enfant et le détenu en garde à vue (qui, du coup, réussi à se souvenir de son enfance)

    Je recommande ce livre comme tous les autres à ceux qui aiment se pencher sur ce qu’ils lisent, se faire des réflexions, et le déconseille à ceux qui préfèrent la lecture simple et champêtre…

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