Belle du Seigneur. Albert Cohen

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Alors « Belle du Seigneur », chef-d’œuvre absolu ou mortel ennui ?
N’ayant toujours pas reçu l’esprit sain des Lettres et ne pouvant donc me prétendre critique littéraire je ne peux donner que mon humble avis qui se situe quelque part entre ces deux extrémités. J’avais lu « Belle du Seigneur » à 16 ou 17 ans, je le relis 20 ans après.
J’avais adoré adolescente, je suis plus modérée aujourd’hui. Il faut dire que ma première lecture s’inscrivait dans une période où « Cyrano de Bergerac », « L’écume des jours » et « Les vestiges du jour » étaient mes livres préférés et que l’amour se devait d’être passionné ou il n’était pas. Les joies de l’adolescence…
La deuxième lecture a mis en lumière un aspect pourtant prépondérant du texte, c’est que la passion incarnée par Solal précède l’ennui amoureux, la chute des passionnés.
Ariane, elle, serait une nouvelle Emma Bovary. Ils incarnent à aux deux ce que Barthes disséquera plus tard dans les « Fragments du discours amoureux ».
Ce qui m’a le plus touché, à chaque lecture de ce texte, c’est l’incapacité d’Ariane et de Solal à transformer leurs illusions amoureuses, cet élan initial joyeux, rêveur, de la rencontre de l’autre qui devient alors la part manquante ; qui est chargé de remplir les failles, les espérances. Un amour aliénant car devant transformer deux êtres en une seule entité. Ne pouvant se défaire de cette représentation, nos deux protagonistes sombreront dans les paradis artificiels avant de renoncer à vivre.
Plutôt la mort que l’ennui.

Éditeur : Gallimard
Collection : Blanche
EAN : 9782070269174

Lu dans le cadre des Lectures Communes de Métaphore.

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Citations :

  • Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goutaient l’un à l’autre, soigneux, profond, perdus. Béate d’être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s’admirant dans les hautes glaces de murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute âme approuvées, qui lui murmuraient qu’ils étaient amoureux (…).
  • Elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s’admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu’ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c’était cela, amoureux, et il lui murmurait qu’il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu’ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu’ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d’elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs, oui, tous les soirs ils se verraient.

Tristan-et-Iseult

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11 réflexions au sujet de « Belle du Seigneur. Albert Cohen »

  1. Ping : LC – Sapristi… Avril – Mai | Métaphore

  2. Je ne dirais qu’une chose : le livre de ma vie !
    Et pourtant, je suis loin d’être une Ariane…
    Merci beaucoup d’évoquer avec justesse et distance un roman qu’il faudrait à tout prix aimer, vénérer, avoir lu…J’aime « Belle du Seigneur » dans ses défauts et imperfections, avec ses 300 (?) pages en trop, et j’aime Albert Cohen, cet humain trop humain.
    D’ailleurs mort d’une crise cardiaque après avoir appris qu’Elias Canetti recevrait le prix Nobel !

    Merci en tout cas. Malgré le fiasco annoncé, j’irais voir le film.

  3. J’ai aimé ce livre passionnément avec les yeux de mes 20 ans, je ne le relirai surement jamais sauf mes passages préférés… Une dizaine d’année plus tard je pense que mon avis rejoindrai le tien et je préfère garder le magnifique souvenir que j’en ai…

  4. UntexteUnjour : je connais plein d’aficionados comme toi 😉 je ne connaissais pas l’anecdote de la mort de Cohen. Entre lui et Vian qui fait une crise cardiaque devant le film adapté de son livre…ils sont trop sensibles ces écrivains 😉

  5. Lectureetcie : je comprends ta décision de ne pas le relire. C’était assez amusant pour moi de voir celle que j’étais 20 ans avant à travers des souvenirs de lecture!

  6. Bravo à toi. Je n’ai pas pu commence, j’ai bloqué sur les longues phrases et les longues descriptions. Mais grâce à toi, je vais le laisser sur ma liste de livre à lire un jour…

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