Vie rêvée. Thadée Klossowski de Rola

vie rêvée. Couv

Fils du grand Balthus, écrivain à ses heures, il a écumé les soirées parisiennes, fréquenté le beau monde, épousé la belle Loulou de la Falaise. Ce serait pourtant simpliste de qualifier Thadée Klossowski de dandy de Salons. Ce serait un peu simpliste car on ne peut le comparer aux « fils de » d’aujourd’hui ; ceux qui ont les poches pleines et la tête vide.

« Vie rêvée » est beaucoup plus qu’un livre de « name dropping ». On suit plutôt les errements d’un jeune homme des années 70 qui doit trouver sa vie. L’ombre du père n’est pas tutélaire, la difficulté semble plutôt émaner de Klossowski lui-même, un homme qui bride ses élans et ses rêves.
C’est un Paris révolu qui est raconté ici, le Paris des libertés sexuelles d’avant le Sida, de l’argent facile d’avant la crise, des paradis artificiels d’avant la morale sanitaire de la fin du siècle.
Ce trop-plein de libertés écrase, le texte alterne les descriptions du trop et du pas assez, c’est finalement une vie d’excès, et on ne sait pas, à la fin du livre, s’ils ont fait le sel de cette vie ou s’ils l’ont amoindrie.

Enfin, c’est surtout un chant d’amour pour la muse Loulou, la rencontre magnifique de deux oiseaux de nuits essayant de faire leur nid dans un arbre de paillettes.

Editeur : Grasset
EAN : 9782246803546

Citations :

  • Oui, si je pouvais me concentrer. Hier soir, c’est tout autre chose que je voulais écrire : mais cette voix dans l’oreiller si longuement chuchotait trop vite, je ne l’ai plus entendue. Un aide-mémoire : je pensais pouvoir me pencher très tendrement sur ce garçon qui va dans les rues et n’écrit rien de ce qu’il faudrait ; ce serait la troisième personne ; et moi j’essaie de lui donner la vie.
  • Jeudi 26 juin. – Á Marceau : tu vois, je suis une tortue sur le dos, le cou tendu vers le ciel, mes pauvres courtes pattes rament dans le vide, je vais mourir comme ça, à moins qu’un coup de pied ne me retourne, des médicaments, des drogues, quelque chose qui annule en moi le « violent refus de moi-même ». Il répondait furieusement que mes carnets sont décourageants parce que ma vie est décourageante, insuffisante, veule, c’est ma vie qu’il faut changer, il faut quelqu’un qui m’aime et qui aime ce que j’écris, qui me rende, hors de tout souci, à l’estime de moi-même (…)
  • J’essaie de t’aider. Tu parles de distance entre nous, tu dis que tu ne veux plus d’une amitié superficielle. C’est vrai que nous pourrions nous connaître mieux, c’est vrai que je suis paresseux en amitié – je le sais si bien que justement je voulais m’approcher un peu…
    Mais l’amour ! L’amour est le contraire de l’amitié.
    Tu dis : je t’aime gravement. Alors je n’ose plus rire. Peur de froisser. Peur en même temps d’être trop aimable. C’est aussi bête que ça la distance.
    Je crois d’ailleurs que l’amitié n’est précisément qu’un effort pour accepter, maintenir la distance (l’amour serait un effort pour l’abolir).

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